Prendre soin
Se garder une vraie soirée pour soi quand on est parent, à mon rythme
5 août 2026

J’ai mis trois ans à comprendre que ma fatigue du soir n’était pas une question de sommeil. C’était une question de temps à moi. Un temps qui ne devait rien à personne, pas même aux lessives qui attendent ni aux dessins à signer pour le lendemain.
Ce qui m’a fait changer d’habitude
Tout est parti d’un mardi soir complètement banal. Les deux petits couchés, mon conjoint devant son match, et moi dans le canapé à scroller sans vraiment regarder. À ce moment-là, je n’étais ni en train de me reposer ni en train de faire quelque chose qui me ressemblait. J’étais juste en veille.
Le déclic est venu d’une amie qui m’a dit, sans jugement : « Tu te souviens de ce que tu aimais faire le soir avant d’avoir des enfants ? » Je n’ai pas su répondre tout de suite. Puis je me suis souvenue des carnets que je noircissais, des documentaires que je regardais jusqu’au bout, des bains trop longs où je lisais trente pages d’une traite.
Je ne voulais pas redevenir celle d’avant. Je voulais juste retrouver le geste de faire quelque chose pour moi, de temps en temps, sans culpabiliser.
Pourquoi ça saute toujours en premier
Quand on est parent, le « temps pour soi » est la première variable d’ajustement. Il y a toujours un goûter à préparer pour le lendemain, un mot dans le cahier de liaison qu’on a oublié de signer, une lessive qui attend depuis deux jours. Et comme personne ne nous le réclame, ce temps-là, on le repousse.
Ce que j’ai compris, c’est que ça ne tient pas à un manque d’organisation. C’est une question d’ordre intérieur. Pendant des mois, j’ai cru que je trouverais ce moment « quand tout serait prêt ». Le problème, c’est que tout n’est jamais prêt quand on a des enfants. Il y a toujours une petite chose qui traîne.
J’ai arrêté d’attendre que le planning soit vide. J’ai décidé que le vide, c’était à moi de le créer.
La bloquer comme un rendez-vous
La première chose que j’ai faite, c’est de poser une soirée dans mon agenda. Une vraie case, avec une heure de début et une heure de fin — même si la fin, je l’ai rarement respectée.
J’ai choisi le jeudi. Pas le vendredi, parce que le vendredi soir je suis lessivée de la semaine. Pas le week-end non plus, parce que le samedi soir on est souvent tous les quatre et j’aime ces moments-là aussi. Le jeudi, c’est pile au milieu, là où la fatigue s’installe sans qu’on s’en rende compte. Une respiration avant la dernière ligne droite.
Je préviens mon conjoint deux jours avant. Rien de formel, juste « jeudi c’est ma soirée, tu gères le coucher et les éventuels réveils ». Il a son match de foot le mardi, sa sortie vélo le dimanche matin : ma soirée du jeudi a le même statut. Ni négociable, ni accessoire.
Selon mon niveau d’énergie, je pioche dans une petite liste toute simple :
| Mon état du soir | Ce que je fais | Durée indicative |
|---|---|---|
| Épuisée | Bain chaud + playlist sans parole | 30 à 45 min |
| Fatiguée mais dispo | Un épisode de série ou un carnet | 1 h |
| Énergie correcte | Documentaire ou appel à une amie | 1 h 30 à 2 h |
| Punchy (rare) | Écrire, trier des photos, projet créatif | 2 h et plus |
Pas de pression de performance. Certains jeudis, mon exploit c’est d’avoir rempli la baignoire.
Ce qu’on y gagne (et les enfants aussi)
La première chose qu’on gagne, c’est le silence qu’on choisit. Pas le silence vide d’une maison endormie dans lequel on s’effondre, mais un silence qu’on remplit avec ce qui nous fait du bien. Moi, c’est un carnet et un thé vert. Parfois un documentaire animalier. Parfois rien de spécial, juste le plaisir de ne rien devoir à personne pendant deux heures.
Ce que je n’avais pas anticipé, c’est l’effet sur les enfants. Une maman qui a eu sa parenthèse le jeudi soir, c’est une maman plus patiente le vendredi matin. Moins à cran sur la chaussette perdue ou le bol de céréales renversé. Ils ne le formulent pas comme ça, évidemment — mais je le sens dans la façon dont les matins du vendredi se passent mieux que ceux du mardi.
Et puis il y a l’exemple, aussi. Leur montrer que prendre soin de soi fait partie d’une vie d’adulte, que ce n’est ni égoïste ni accessoire. Ce n’est pas une leçon qu’on donne avec des mots. C’est une leçon qu’ils attrapent en voyant leur mère se préparer un thé et fermer doucement la porte du salon sans s’excuser.
Ce que j’en retiens au quotidien
Je ne le fais pas toutes les semaines. Il y a des jeudis où la gastro du dernier décide pour moi, et ce n’est pas grave. Ce qui a changé, ce n’est pas la régularité : c’est que je sais maintenant que j’ai le droit de le faire.
Ce droit-là, personne ne me l’a jamais retiré — c’est moi qui ne me le donnais pas. Depuis que je l’ai posé noir sur blanc dans mon agenda, il a cessé d’être un luxe pour devenir une habitude possible. Une habitude qui rate parfois, et qui reprend la semaine d’après sans drame.
La grande différence avec le « self-care » qu’on nous vend sur les réseaux, c’est qu’il n’y a pas de bougie parfumée dans mon histoire. Il y a juste une mère qui a arrêté d’attendre que tout soit rangé pour s’asseoir et faire ce qu’elle aime.
FAQ
Je culpabilise de prendre du temps pour moi le soir, c’est normal ?
C’est même tellement normal que je pourrais dire « bienvenue au club ». La culpabilité fait partie du package parental. Ce qui m’a aidée, c’est de reformuler : ce n’est pas du temps que je prends à ma famille, c’est du temps que je rends à la personne que je suis. Et cette personne-là est plus agréable à vivre le lendemain.
Comment convaincre mon conjoint que j’ai besoin de cette soirée ?
Ne le formule pas comme une demande de permission. Pose-le comme un besoin dont tu es responsable, au même titre que son sport ou ses sorties. Si la réciprocité est respectée — chacun a son moment — l’équilibre se trouve plus facilement qu’avec un argumentaire de vingt minutes.
Et si je n’ai même pas l’énergie de décider quoi faire de ma soirée ?
Prépare une « liste de secours » : trois activités simples qui ne demandent ni matériel ni préparation. Un podcast déjà téléchargé, une série commencée, un bain avec une playlist. Pas besoin d’organiser une expérience mémorable. Le simple fait de ne pas être en service suffit souvent.
À partir de quel âge des enfants peut-on vraiment s’accorder ce temps ?
Dès qu’ils ont un coucher relativement stable, même bébé. On adapte la durée, pas le principe. Avec un nourrisson, ce sera peut-être quarante-cinq minutes au lieu de deux heures. Le conteneur change, le contenu reste : du temps où l’on se déconnecte du rôle de parent.
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